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Témoignages.
Témoignage 2016.


Camille, peux-tu te présenter et nous dire pourquoi tu es allée à Lesbos?

Je m'appelle Camille Grujon , je suis steenoise, je débute un master de Pratiques et Politiques des Organisations internationales à Sciences Po Grenoble. Je m''intéresse particulièrement à la résolution des conflits armés et aux déplacements de population et flux de réfugiés.

En août 2014 j’ai passé 3 semaines en Jordanie pour travailler avec des associations d’aide aux réfugiés. Principalement avec Dar al Yasmin http://www.daralyasmin.org, mais aussi Collateral Repair Project http://www.collateralrepairproject.org

J'ai souhaité renouveler cette expérience en consacrant de mon temps à un problème qui touche particulièrement deux villes où je vis (Istanbul en Turquie et Calais en France). Une collecte de fonds renforce toujours un engagement humanitaire, à plus forte raison si cet engagement est de court terme. J'ai donc collecté des fonds et viens de passer dix jours, dans l'ile de Lesbos, à participer à l'accueil des réfugiés très nombreux qui viennent dans cette ile. 

Etant sur l’île une semaine de mauvais temps, certains jours ont été calmes en termes d’arrivées. Cela m’a permis de vaquer entre différentes associations.

Quelles sont ces associations ? Sont-elles proches les unes des autres ? Travaillent-elles en bonne entente ?

J’ai travaillé avec deux associations aux buts similaires mais à l’idéologie différente sur les plages du Nord : Lighthouse, une association humanitaire et Platanos, une communauté anarchiste, toutes deux créées par des habitants de l’île au mois d’Octobre 2015. A quelques mètres l’une de l’autre, elles coopèrent et s’entraident de bonne volonté. A l’arrivée, les bénévoles donnent des vêtements secs, du thé et un peu de nourriture aux réfugiés, puis ils sont emmenés dans un camp de transit avant de rejoindre le camp d’enregistrement de Moria.

Tu as aussi travaillé dans ce camp d'enregistrement, à Moria ?

J’ai travaillé dans le camp « extérieur » de Moria, qui est en fait un champ d’olivier sur lequel s’installent les réfugiés lorsque le camp d’enregistrement à proprement parler ne peut plus les accueillir. L’association Better Days for Moria loue ce camp à un cultivateur et y a installé une tente d’informations, un centre médical, des tentes de distribution de vêtements et de nourriture, et un jardin d’enfants. Depuis le nettoyage, jusqu’au tri des vêtements en passant par l’accueil des réfugiés, j’y ai travaillé 4 jours.

Les réfugiés restent-ils à Lesbos ?

Après l’enregistrement qui est géré par le Haut Commissariat pour les Réfugiés des Nations Unies (HCR), les réfugiés doivent acheter un billet de ferry pour Athènes, dans la capitale de l’île, Mytilène. Lors de mon séjour le départ d’un ferry a été retardé par la météo, les réfugiés ont dormi une nuit dans un bâtiment désaffecté dans l’attente du ferry suivant. Nous y sommes allés pour nettoyer et leur apporter nourriture et vêtements.

Quels sont les moments qui t’ont particulièrement touchée ?

J’ai assisté à l’arrivée d’une embarcation sur la plage, j’ai vu en descendre des gens pleurant de peur et de soulagement. J’ai changé les vêtements de quelques enfants de cette embarcation. Mais ce ne sont pas ces scènes d’émotions dont je veux vous parler.

 

Je souhaite vous partager un autre moment. Durant le nettoyage et la distribution de vêtements dans le bâtiment désaffecté du port, plusieurs réfugiés nous ont apporté leur aide. Travailler avec ces personnes qui avaient dormi dans un bâtiment désaffecté à la toiture trouée, et les voir soudainement s’arrêter pour embarquer dans un ferry vers l’inconnu, est ce qui m’a le plus rapprochée des réalités âpres de leur fuite.

C’est une évidence à dire et pourtant il est difficile d’imaginer ce que ce doit être d’aller, pendant plusieurs mois, d’endroits inconnus en endroits inconnus, parfois inhospitaliers, ayant toujours à l’esprit les inquiétudes d’un tel voyage. Sans repos, sans répit, durant des mois.

 

Je l’ai ressenti un instant, alors que ce jeune homme qui m’aidait à distribuer des vêtements m’a dit « Je m’en vais, mon ferry est là, je pars en Allemagne ! »